Crevasses d’allaitement : causes et solutions
Les crevasses d’allaitement sont des lésions du mamelon souvent provoquées par une friction anormale, une pression excessive ou un mauvais ajustement entre la mère et son bébé. Une crème peut aider à protéger la peau, mais elle ne suffit pas si la cause persiste. Découvrez comment identifier l’origine des crevasses, soulager la douleur, favoriser leur cicatrisation, poursuivre l’allaitement et reconnaître les situations nécessitant une consultation.

Les crevasses sont des lésions du mamelon qui peuvent apparaître dès les premiers jours d’allaitement. Elles prennent la forme d’une fissure, d’une érosion ou d’une plaie plus ou moins profonde. Elles peuvent être très douloureuses, parfois saigner et rendre chaque mise au sein particulièrement difficile.
Une légère sensibilité peut être ressentie au début de l’allaitement, notamment durant les premiers jours et au moment où le bébé commence à téter. Elle doit cependant rester transitoire. Une douleur intense, présente pendant toute la tétée, entre les tétées ou associée à une lésion n’est pas à banaliser.
La crevasse n’est pas seulement une plaie à faire cicatriser : elle est généralement la conséquence d’un mécanisme qu’il faut identifier et corriger.
Le traitement le plus important n’est donc pas la crème appliquée sur le mamelon, mais la recherche de la cause qui entretient la lésion.
Pourquoi des crevasses apparaissent-elles pendant l’allaitement ?
Les crevasses sont le plus souvent provoquées par un traumatisme mécanique répété. Plusieurs mécanismes peuvent abîmer la peau du mamelon :
- une friction anormale ;
- une pression excessive dans la bouche du bébé ;
- une prise du sein ou une succion qui crée des contraintes sur le mamelon ;
- un débit de lait pouvant modifier la façon dont bébé tète ;
- un matériel ou des réglages de tire-lait inadaptés ;
- une hygiène excessive qui fragilise la peau.
La friction anormale est le mécanisme le plus fréquent.
Plusieurs causes peuvent parfois être associées. Une lésion mécanique peut notamment favoriser secondairement une inflammation, une infection, un vasospasme ou une dermatose.
Une prise du sein ou une succion qui crée des douleurs
Plusieurs éléments peuvent favoriser l’apparition ou entretenir des crevasses :
- une prise du sein superficielle ou instable ;
- une mauvaise installation ou un manque de stabilité du bébé ;
- un trouble fonctionnel de la succion ;
- une pression intra-buccale importante ;
- une particularité anatomique ou fonctionnelle : mobilité linguale réduite, frein restrictif, rétrognathie, palais très creux… ;
- des tensions, une asymétrie ou un torticolis ;
- un débit de lait très faible ou, au contraire, très important, pouvant modifier la façon dont bébé tète.
Un mamelon qui ressort aplati, pincé, biseauté, déformé ou avec une ligne blanche après la tétée peut également indiquer qu’il subit des contraintes pendant la succion.
Ces signes ne permettent cependant pas, à eux seuls, d’identifier précisément l’origine de la difficulté. L’observation d’une tétée, de la prise du sein, de la succion et du transfert de lait permet de mieux comprendre ce qui se passe.
Le tire-lait peut-il provoquer des crevasses ?
Oui. Le tire-lait peut entraîner une friction ou une pression excessive lorsque :
- la téterelle est mal adaptée ;
- le mamelon est trop à l’étroit ;
- une grande quantité d’aréole est aspirée ;
- le niveau d’aspiration est trop élevé ;
- les réglages sont inadaptés.
Une téterelle trop grande est une cause fréquente de frottement. Une téterelle trop petite peut également comprimer le mamelon. L’aspiration doit être efficace, mais toujours confortable.
Il est utile d’observer le mamelon avant, pendant et après le tirage : rougeur, gonflement important, anneau de compression, hématome ou douleur sont des signes indiquant qu’un réglage doit être revu.
Une hygiène excessive
Les mamelons n’ont pas besoin d’être nettoyés ou désinfectés après chaque tétée.
Les lavages répétés, les savons agressifs, les solutions antiseptiques ou certains produits asséchants peuvent altérer la barrière cutanée et ralentir la cicatrisation. Une toilette quotidienne habituelle suffit généralement.
Le sèche-cheveux et l’éosine ne sont pas recommandés pour faire sécher la crevasse. Les principes actuels de cicatrisation privilégient plutôt un environnement légèrement hydraté et protégé.
Comment soulager rapidement une crevasse ?
La première étape consiste à identifier et corriger ce qui entretient la lésion afin de rendre les tétées aussi confortables que possible.
Une crevasse provoquée par une prise du sein superficielle, une succion particulière ou une mauvaise stabilité de bébé continuera généralement à être sollicitée tant que le mécanisme responsable persiste.
Si la tétée est très douloureuse, il est préférable de ne pas simplement supporter la douleur. Une observation de la tétée avec un professionnel de l’allaitement peut permettre de rechercher la cause et d’apporter les ajustements nécessaires.
Commencer par le côté le moins sensible
Commencer la tétée du côté le moins douloureux peut permettre au réflexe d’éjection de se déclencher avant de proposer le sein le plus sensible. Le bébé pourra ainsi obtenir du lait plus rapidement et avoir moins besoin de téter fortement.
Cette stratégie n’est pas obligatoire : elle doit rester compatible avec la production de lait, le confort de la mère et les besoins du bébé.
Réduire les frottements entre les tétées
Un vêtement ou un coussinet collé à la plaie peut être très douloureux à retirer. Des coupelles d’allaitement peuvent parfois éviter le contact direct du tissu avec le mamelon.
Elles ne doivent cependant pas comprimer le sein ni maintenir une humidité excessive. Les coussinets doivent être changés régulièrement lorsqu’ils sont humides.
Soulager la douleur
Une compresse froide appliquée quelques minutes peut temporairement diminuer la douleur lorsqu’elle est liée à une inflammation ou à un traumatisme, au cas par cas.
En cas de douleur importante, un antalgique compatible avec l’allaitement peut être envisagé après avis d’un professionnel de santé.
Comment favoriser la cicatrisation d’une crevasse ?
Corriger la cause reste indispensable. Tant que le mamelon continue à être comprimé ou frotté de la même manière, les soins locaux auront peu d’effet durable.
Il n’existe pas suffisamment de preuves pour recommander un produit unique comme étant systématiquement supérieur aux autres pour traiter les mamelons douloureux.
Le lait maternel exprimé
Quelques gouttes de lait peuvent être déposées délicatement sur une lésion propre, en l’absence de signe d’infection.
Cette solution est simple et disponible, mais elle ne doit pas être utilisée sur une plaie qui paraît surinfectée ou qui macère.
La lanoline
La lanoline ultra-purifiée crée une barrière limitant l’évaporation et peut protéger la peau. Une très petite quantité suffit généralement.
Elle peut toutefois provoquer une allergie ou une dermatite de contact. Si les rougeurs, les démangeaisons ou les lésions s’aggravent après son application, il faut l’arrêter et demander un avis professionnel.
Les compresses d’hydrogel
Les compresses d’hydrogel peuvent apporter une sensation de fraîcheur et protéger la plaie des frottements. Elles sont utilisées sur une durée limitée, selon les consignes du fabricant.
Elles ne doivent pas être utilisées sur une lésion présentant des signes de surinfection.
Le miel médical
Le miel médical est un produit stérilisé, différent du miel alimentaire. Il possède des propriétés cicatrisantes et antibactériennes documentées dans certains types de plaies.
Son utilisation doit donc être encadrée et ne doit pas remplacer la recherche de la cause.
Les bouts de sein sont-ils une solution ?
Un bout de sein peut parfois réduire temporairement la douleur ou faciliter la prise du sein dans certaines situations. Il ne constitue cependant pas le traitement systématique des crevasses.
Il ne corrige pas nécessairement le mécanisme responsable de la lésion et peut modifier le transfert de lait. Son utilisation nécessite donc :
- une taille adaptée ;
- une mise en place correcte ;
- une observation de la tétée ;
- une surveillance de la déglutition et de la prise de poids ;
- un accompagnement pour l’arrêter lorsqu’il n’est plus nécessaire.
Une diminution de la douleur avec un bout de sein peut parfois masquer un transfert de lait insuffisant. Son utilisation mérite donc d’être évaluée et accompagnée.
Peut-on continuer à allaiter avec une crevasse ?
Dans la plupart des situations, il est possible de poursuivre l’allaitement. Une crevasse, même si elle saigne légèrement, ne rend pas le lait dangereux pour le bébé.
Il n’est généralement pas nécessaire de limiter arbitrairement la durée des tétées pour « reposer » le mamelon. Une tétée courte mais traumatique peut entretenir la lésion, tandis qu’une tétée longue et confortable ne l’aggrave pas nécessairement.
L’objectif est surtout de rendre les tétées efficaces et non douloureuses et de rechercher rapidement ce qui entretient la lésion.
Lorsque la douleur est insupportable, une pause temporaire des mises au sein du côté atteint peut parfois être envisageable. La lactation doit alors être entretenue par une expression manuelle ou un tire-lait correctement réglé, selon ce qui est le plus confortable.
Cette décision doit être individualisée et accompagnée afin de préserver la production de lait, de nourrir suffisamment le bébé et de faciliter la reprise du sein.
Quand faut-il consulter pour une crevasse d'allaitement ?
Une aide précoce évite souvent qu’une petite lésion ne devienne profonde ou ne se surinfecte.
Il est recommandé de consulter lorsque :
- la douleur est intense ou augmente ;
- la douleur dure pendant toute la tétée ou persiste entre les tétées ;
- le mamelon est fissuré, ulcéré ou saigne régulièrement ;
- la crevasse ne commence pas à cicatriser malgré l’amélioration de la prise du sein ;
- le mamelon présente un écoulement, du pus, une croûte importante ou une rougeur qui s’étend ;
- le sein devient rouge, chaud ou douloureux ;
- une fièvre, des frissons ou un état grippal apparaissent ;
- le mamelon change de couleur après la tétée et devient blanc, bleu ou violet ;
- la douleur ressemble à une brûlure, à des aiguilles ou à des démangeaisons ;
- le bébé semble peu avaler, s’endort très rapidement ou prend insuffisamment de poids ;
- les lésions apparaissent également lors de l’utilisation du tire-lait.
Les mamelons fissurés ou qui saignent sont plus exposés aux infections. Il est donc préférable de solliciter rapidement un professionnel de l’allaitement plutôt que d’attendre que la douleur devienne insupportable.
Et si la crevasse ne guérit pas ?
Une lésion qui persiste malgré une prise du sein devenue confortable doit conduire à rechercher une autre cause.
Une surinfection bactérienne
Une crevasse constitue une porte d’entrée possible pour les bactéries. Une rougeur croissante, un œdème, un exsudat, une croûte inhabituelle ou une aggravation de la douleur peuvent évoquer une surinfection.
Une évaluation médicale est alors nécessaire pour recevoir le traitement adapté.
Une dermatose ou une allergie
Un eczéma, un psoriasis ou une dermatite de contact peuvent ressembler à une crevasse ou empêcher sa cicatrisation.
Il faut notamment y penser en présence de :
- démangeaisons ;
- peau sèche ou squameuse ;
- lésions présentes ailleurs sur le corps ;
- antécédent d’eczéma ou de psoriasis ;
- aggravation après l’application d’une crème, de lanoline ou le port de certains coussinets.
Un vasospasme
Le vasospasme provoque généralement une douleur vive ou brûlante après la tétée, parfois accompagnée d’un blanchiment puis d’un changement de couleur du mamelon.
Il peut être déclenché par le froid et être associé à une compression du mamelon ou à un trouble de la succion. Il est parfois confondu avec une candidose.
Une infection fongique ?
Une candidose ne doit pas être diagnostiquée uniquement parce qu’une douleur brûlante persiste. D’autres causes, notamment mécaniques, dermatologiques, bactériennes ou vasculaires, peuvent donner des symptômes proches.
Un diagnostic est nécessaire avant d’entreprendre un traitement antifongique.
Comment prévenir les crevasses d'allaitement ?
La meilleure prévention consiste à accompagner les premières tétées et à intervenir rapidement dès qu’une douleur apparaît.
Quelques repères peuvent aider :
- rechercher une prise du sein stable et confortable ;
- ne pas supporter une douleur importante en pensant qu’elle est inévitable ;
- laisser le bébé téter selon ses besoins sans limiter systématiquement la durée ou la fréquence ;
- détacher délicatement le bébé du sein plutôt que de tirer le mamelon hors de sa bouche ;
- éviter les lavages répétés et les produits irritants ;
- vérifier la taille de la téterelle et les réglages du tire-lait ;
- demander de l’aide dès les premiers signes d’inconfort, de douleur ou de lésion.
La préparation des mamelons pendant la grossesse n’a pas démontré son efficacité pour prévenir les douleurs.
À retenir
Les crevasses ne sont pas une étape obligatoire de l’allaitement. Elles sont le plus souvent liées à une friction, une compression ou un mécanisme qui peut être identifié et amélioré.
Appliquer une crème ou protéger la plaie peut aider à la cicatrisation, mais cela ne suffit pas si la cause continue d’agresser le mamelon.
Une prise en charge complète consiste donc à :
- comprendre précisément la douleur et observer la lésion ;
- rechercher ce qui provoque les frottements ou les compressions ;
- corriger le mécanisme qui entretient la crevasse ;
- protéger la plaie et accompagner sa cicatrisation ;
- surveiller son évolution.
Plus l’aide est apportée tôt, plus il est généralement possible de réduire la douleur, de favoriser la cicatrisation et de poursuivre l’allaitement dans de meilleures conditions.
FAQ sur les crevasses d’allaitement
Une crevasse d’allaitement peut-elle saigner ?
Oui. Une crevasse peut parfois saigner légèrement. Dans la plupart des situations, cela n’empêche pas de poursuivre l’allaitement et ne rend pas le lait dangereux pour le bébé.
Combien de temps faut-il pour qu’une crevasse cicatrise ?
La cicatrisation dépend notamment de la profondeur de la lésion et de la persistance ou non de sa cause. Tant que le mamelon continue à subir une friction ou une compression anormale, la crevasse peut avoir des difficultés à cicatriser.
Peut-on continuer à allaiter avec une crevasse ?
Dans la plupart des situations, oui. L’objectif est surtout d’identifier et de corriger la cause de la douleur afin que les tétées redeviennent confortables et efficaces.
Quelle crème mettre sur une crevasse d’allaitement ?
Il n’existe pas de produit unique ayant démontré sa supériorité dans toutes les situations. Les soins locaux peuvent protéger la peau et accompagner la cicatrisation, mais ils ne remplacent pas la recherche et la correction de la cause de la crevasse.
Quand consulter pour une crevasse ?
Une douleur intense ou persistante, une crevasse qui ne cicatrise pas, des signes d’infection, une modification de la couleur du mamelon ou des difficultés de prise de poids du bébé justifient une évaluation.
Vos crevasses persistent ou les tétées restent douloureuses ?
En tant que consultante en lactation à Toulon, je peux vous accompagner pour observer une tétée, évaluer la succion de votre bébé, rechercher l’origine des lésions et vous proposer des ajustements adaptés à votre situation.
Typhaine Joie
Consultante en lactation
Titulaire du Diplôme Universitaire en Allaitement Maternel
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas une consultation. En présence de fièvre, d’une rougeur mammaire étendue, d’un écoulement purulent, d’une douleur importante ou d’une altération de l’état général, consultez rapidement un professionnel de santé.